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Rapport réalisé par l’Association Amal Circuit de la Palmeraie pour le Développement et la Culture, dans le cadre du « Projet de sauvegarde de la palmeraie de Marrakech » soutenu par le programme de micro-financements du fond pour l’environnement mondial ; projet n°MOR/03/13. Juillet, Août 2006
1 - Etat des lieux actuel de la palmeraie · « L’état de santé » de la palmeraie varie selon deux zones : - une zone, restreinte, où les palmiers sont denses et en bon état. Il s’agit des terrains agricoles irrigués restants et des enceintes des villas et hôtels . - un zone, majoritaire, où la palmeraie accuse un état de dégradation avancé . . On observe un déséquilibre des formations floristiques, avec une difficulté de régénération naturelle et de développement des palmiers. De nombreux palmiers sont morts ou très abîmés. Ces perturbations affectent la qualité des habitats naturels. Si rien n’est entrepris rapidement dans ces zones, la palmeraie se verra, à court terme, disparaître. · La surface de la palmeraie ne cesse de diminuer : sa superficie est passée de 16000 hectares en 1929 à 6000 hectares en 1990. · La palmeraie sert de dépôt d’ordures : gravats issus des constructions, déchets ménagers (sacs et bouteilles plastiques…) . · La vie des habitants des douars et leurs sources de revenu sont fortement liées à la palmeraie : – agriculture : cultures en sous étage des palmiers (céréales, oranger, amandier, abricotier, olivier, légumes, menthe,…). – élevage. – artisanat : utilisation des jeunes palmes pour la fabrication de chapeaux, de plats, de paniers et autres objets qui sont ensuite vendus. – récolte des cœurs de palmiers pour la restauration. – collecte des palmes sèches et du bois de palmier mort comme bois de chauffage (four, hammam). – utilisation du bois de palmier dans la construction des maisons (charpente). – phœniculture (=culture du palmier) : récolte et vente des dattes (septembre, octobre). Toutefois, cette activité ne représente pas une source de revenu important car le rendement des palmiers est faible et les dattes de mauvaise qualité. · La proximité de la palmeraie par rapport à la médina (centre de la ville) fait des terrains de la palmeraie des sites privilégiés pour l’urbanisation. L’urbanisation dans la palmeraie a commencé avec l’apparition de douars dus à l’exode rural. Puis, dans les années 80, les villas de luxes et les complexes hôteliers se sont développés. Désormais, le Schéma Directeur d’Aménagement Urbain (SDAU) de la ville de Marrakech, élaboré en 1995, veut consacrer la palmeraie à de nouveaux pôles résidentiels à dominante hôtelière pour promouvoir le tourisme et faire de la palmeraie un quartier résidentiel de luxe. Le nombre actuel de villas, complexes hôteliers et maisons d’hôtes dépasse la centaine. La palmeraie, qui présente des intérêts écologique, socio-économique et culturel, est fortement menacée de disparition. 2 - Les facteurs de la dégradation de l’écosystème de la palmeraie La dégradation de l’écosystème de la palmeraie est due à une combinaison de différents facteurs : · La sécheresse sévit depuis les années 80. Le manque d’eau est un obstacle pour le développement des palmiers et les fragilise · La disparition de nombreux palmiers est due à l’arrachage ou à la destruction par le feu, pour l’extension urbaine par exemple. · La spéculation foncière provoque la vente de très nombreuses parcelles de palmeraie. Les Marrakchiis préfèrent vendre leurs terrains à des prix plus qu’avantageux plutôt que de continuer une agriculture peu rentable et de plus en plus difficile à cause de la sécheresse. L’espace naturel qu’est la palmeraie est sur la voie de la « privatisation ». · Un abandon massif de l’agriculture est dû à la spéculation foncière et à la sécheresse. La disparition des activités agricoles a provoqué l’arrêt de l’irrigation dans la palmeraie (avec détérioration des khetarras, les systèmes traditionnels d’irrigation ainsi que l’abandon de l’entretien des palmiers. Les palmiers, « livrés à eux-mêmes », se retrouvent en très mauvais état. · La palmeraie est détruite au profit de l’urbanisation et de l’extension de la ville de Marrakech · Les populations locales exploitent les palmiers. La coupe des palmes sèches des palmiers adultes est un bienfait pour l’arbre. Par contre, la récolte des cœurs de palmier cause la mort de l’arbre et l’arrachage des jeunes pousses centrales ralentit la croissance et détériore l’état phytosanitaire du palmier. Cette exploitation des palmiers sans entretien ni nouvelles plantations provoque une disparition de la ressource. · La population des douars ainsi que la ville de Marrakech consomment une quantité très importante de bois de feu pour la cuisson des aliments et le chauffage de l’eau (hammam). · Des maladies affectent les palmiers : – Les palmiers importés de Zagora (Sud du Maroc) pour tenter de régénérer la palmeraie sont touchés par le bayoud. Cette maladie attaque les racines puis le cœur du palmier et conduit à la mort de l’arbre. – D’autres maladies, non déterminées, font surface avec la fragilisation des arbres. · La palmeraie est de moins en moins fréquentée par les populations locales ; l’intérêt porté à ce site se voit diminuer. 3 - Autres problèmes présents dans la palmeraie : Outre la dégradation de l’écosystème de la palmeraie, le secteur de la palmeraie présente d’autres problèmes : · Plusieurs lois (ou dahirs) ont été promulguées pour protéger le patrimoine qu’est la palmeraie (interdiction de vente et de coupe des jeunes rejets, amende pour arrachage illégal de palmiers, études avant autorisation de construction…). Mais la législation, souvent inadaptée, est très rarement respectée. · La population locale ne bénéficie pas des projets d’hôtellerie et de résidence qui sont implantées sur le site. · La surconsommation de l’eau de la nappe phréatique est visible dans les villas et hôtels : jardins verdoyants en plein été, piscine, La consommation des populations locales en eau n’est pas bien connue. Le nombre de forage est croissant et non contrôlé. Le prélèvement intensif des eaux de la nappe sans renouvellement a abaissé son niveau et augmenté sa salinité. Il existe un grand risque d’assèchement de la nappe dû à un manque de gestion quantitative de l’eau (distribution, consommation, connaissance et contrôle de la nappe). De plus, le réseau d’assainissement est quasiment inexistant. · La majorité des femmes sont analphabètes et ne bénéficient d’aucune formation professionnelle. 4 - Le cas du Marais de la palmeraie : Le marais de la palmeraie (classé en SIBE de priorité 1) présente une très grande richesse faunistique et floristique (120 espèces végétales, 13 espèces de mammifères dont 3 espèces endémiques rares ou menacées, 44 espèces d’oiseaux, 20 espèces de reptiles, 4 espèces d’amphibiens) et a une potentialité pastorale élevée. La présence de cette zone humide est due originellement aux crues de l’oued Tensift. Mais cette mise en eau est, depuis une vingtaine d’années, mise à mal à cause de la sécheresse et de l’irrégularité des crues. Actuellement, le marais doit son existence au rejet des eaux usées de la ville de Marrakech. Deux douars sont situés à la périphérie du marais. Mais ce marais, qui représente une ressource pour les populations riveraines, est fortement menacé. La dégradation de ce milieu naturel est due à la pression anthropique : – surpâturage, – pollution, – défrichement pour la mise en culture, – risque d’assèchement à cause du développement de l’agriculture irriguée, – déversement de déchets solides et liquides, – prélèvement de matériaux de type terre et sable, – projet de construction d’infrastructures routières au sein du SIBE. De plus, les eaux usées, qui ont permis la conservation de la zone humide, ne subissent aucun traitement. La nappe phréatique présente donc des risques de contamination par les eaux usées du marais. 5 - La problématique principale En prenant en compte les données sur l’état de la palmeraie ainsi que les multiples acteurs intervenant dans ce milieu, la problématique peut se résumer de la façon suivante : Comment remettre en état la palmeraie ? La dégradation de ce patrimoine, qui représente l’identité de Marrakech, est due à des causes complexes mettant en jeu de nombreux acteurs. Il faut prendre en compte : - les populations locales pour qui, de façon contradictoire, la palmeraie est un « gagne-pain » mais qui ne l’entretiennent pas, - le tourisme, qui contribue de façon non négligeable à l’économie de Marrakech, - la spéculation foncière, grandissante et à arrêter. - l’urbanisation croissante de la ville de Marrakech 6 - Des solutions ? Pour restaurer l’écosystème de la palmeraie et remédier aux différents problèmes présents dans ce milieu, des solutions doivent être trouvées et des actions menées. 1 - Quelques actions entreprises : Face à l’ampleur de la dégradation de la palmeraie et à la nécessité d’agir urgemment, quelques actions ont commencé à être entreprises. Ø Programme de réhabilitation de la palmeraie Ø – Un programme de plantation de 30000 palmiers, entrepris par la fondation Mohamed VI pour l’environnement , a été entrepris en 2003 en vu de repeupler les zones à faible densité de palmiers. La pépinière municipale de Marrakech fournit les plants de palmiers aux différents acteurs impliqués dans ce programme. – Un programme d’entretien des palmiers est mené : ü taille des palmes desséchées : Pour les palmiers mâles : coupe des palmes sèches tous les 2 ans. Pour les palmiers femelles : coupe des palmes sèches tous les ans, lors de la récolte des dattes (septembre, octobre), en laissant 4 couronnes de palmes pour permettre le port des dattes. ü enlèvement des arbres morts, ü arrosage d’appoint : un arrosage des jeunes palmiers est effectué pour favoriser leur croissance. Pour éviter la perte d’eau par écoulement, une petite « fosse » (ou impluvium) est creusée autour du pied du palmier. L’arrosage des jeunes palmiers est fait par des camions citernes et varie en fonction de la saison. En été, chaque palmier est arrosé 1 fois par semaine (parfois 2 en cas de grosse chaleur). En automne et au printemps, l’arrosage a lieu 1 fois tous les 15 jours. Chaque palmier reçoit environ 70L d’eau. En été, 3 camions citerne sont nécessaires pour assurer l’arrosage. Les jeunes palmiers sont ainsi arrosés pendant 3 ans. ü travail du sol : labour superficiel pour fragmenter la couche imperméable du sol et favoriser l’infiltration de l’eau. – Etude de l’INRA et de la Faculté des Sciences et Techniques de Marrakech pour améliorer les espèces de palmiers-dattiers afin d’obtenir des espèces mieux adaptées et plus productives. Ø Programme de sensibilisation des populations locales Ø Mise en place, en mai 2005 par l’association Amal Circuit de la Palmeraie pour le Développement et la Culture, de modules d’éducation environnementale adaptés à différents publics (enfants, étudiants, agriculteurs). Cette action avait pour but de sensibiliser des populations ciblées et directement concernées par les problématiques liées à la palmeraie de Marrakech. Ø Programme de construction d’une station d’épuration : La municipalité de Marrakech avec la RADEEMA projette de construire une station d’épuration des eaux usées sur l’Oued Issil. Bien que cette mesure permettra une préservation de la qualité des eaux de la nappe phréatique, elle entraînera aussi un détournement des eaux traitées loin du marais. Ce dernier, ne pouvant plus bénéficier d’une mise en eau, se verra disparaître. Le projet de station d’épuration n’est donc qu’une demi-solution. Pour que ce projet soit pertinent et aide au maintien d’un écosystème remarquable, il faut que les eaux traitées soient rejetées au niveau du marais. Ces actions ne sont pas la solution à tous les problèmes ; d’autres interventions doivent être menées pour lutter efficacement contre la dégradation de la palmeraie. 2 – D’autres actions à mener pour préserver et réhabiliter la palmeraie : Voici quelques propositions ou idées d’actions qui pourraient être menées pour sauvegarder la palmeraie. Ø Proposer des activités génératrices de revenus alternatives pour les populations locales, Ø Sensibiliser les populations locales des douars sur la situation actuelle. Proposer à ces populations, en particulier aux agriculteurs, une formation sur les techniques d’entretien et de régénération du palmier (prospectus, animation, débat), Ø Repenser le circuit de la palmeraie en un circuit écotouristique (avec panneaux explicatifs sur les espèces naturelles, rencontre avec les populations pour découvrir leurs modes de vie et coutumes,…) pour faire revivre la palmeraie et inciter à sa protection, Ø Adapter les lois concernant la palmeraie et renforcer leur application, Ø Intégrer la préservation de la palmeraie dans la politique d’urbanisation de la ville de Marrakech et réglementer la construction, Ø Se préoccuper de la gestion durable de l’eau et de l’assainissement, Ø Sensibiliser les propriétaires des villas et hôtels sur les problèmes de surexploitation de la nappe phréatique. Conclusion La palmeraie de Marrakech, qui donna pendant longtemps son prestige et sa renommée à la ville, est un site d’une grande richesse naturelle et d’une biodiversité remarquable. C’est aussi un lieu important sur les plans économique, social et culturel. Mais cet espace est désormais victime d’une dégradation importante. Les nombreuses pressions que subit la palmeraie font de celle-ci un milieu en voie de disparition. L’état de dégradation avancée de ce milieu naturel et les mutations rapides qu’il subit nécessitent d’agir urgemment. Les solutions à entreprendre devront être choisi de façon à être durables et à prendre en compte les différents acteurs, en particulier les populations locales.
Bibliographie - Etude participative sur les problèmes prioritaires de dégradation du marais de la palmeraie et les solutions à mettre en place, dans le cadre du Projet de sauvegarde de la palmeraie de Marrakech, par le Pr My Ahmed El Alaoui El Fels, de l’Association des Amis du Muséum d’Histoire Naturelle de Marrakech, septembre 2005. - Projet de réhabilitation et de développement de la palmeraie de Marrakech, par le Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte Contre la Désertification, avril 2005. - Document de « Projet de sauvegarde de la palmeraie de Marrakech » pour le programme de micro-financements du fond pour l’environnement mondial, 2004. - Quel avenir pour la palmeraie de Marrakech ?, rapport du voyage d’étude du DESS 2 « Maîtrise d’ouvrage en aménagement urbanisme, aménagements environnemental et paysager », Tours, promotion 2001-2002. - La Palmeraie de Marrakech, une stratégie urbaine à définir, étude réalisée par Agnès Cornil pour l’Inspection d’Aménagement du Territoire et de l’Environnement de la région de Marrakech-Tensift-El Haouz, septembre 2004. - Rapport sur la mise en place de modules d’éducation environnementale adaptés à différents publics sur les problématiques liées à la palmeraie de Marrakech, par Fanny Delahalle, 2005. - Rapport sur la conception d’un projet de développement de tourisme interactif dans la palmeraie de Marrakech, avec visite culturelle et sportive de la palmeraie, 2003. |